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Conseils toiture

La génoise provençale : histoire, rôle et entretien

Un élément typique du bâti du Midi, à comprendre avant de le restaurer.

Publié le 11 juin 2026 · Couvreur Évenos Joseph

Levez les yeux dans une rue du vieux village d’Évenos, à Ollioules ou au Beausset : sous le bord des toits, deux ou trois rangées de tuiles en demi-cercle s’avancent en escalier au-dessus de la façade. C’est la génoise, l’un des traits les plus reconnaissables de l’architecture provençale. On la regarde souvent comme un simple élément décoratif. Elle est pourtant née d’un besoin très pratique, elle joue toujours un rôle dans la protection des murs, et elle demande un minimum d’attention pour traverser les décennies.

D’où vient la génoise ?

Son nom renverrait à Gênes, d’où des maçons italiens auraient importé la technique sur la côte provençale. L’origine exacte fait débat, mais le principe s’est largement répandu dans tout le Midi, du Var au Languedoc. À l’époque, le bois de qualité était rare et cher dans ces régions sèches et déboisées par des siècles d’exploitation. Plutôt que de prolonger les chevrons pour créer un avant-toit en bois, les bâtisseurs ont utilisé ce qu’ils avaient en abondance : la tuile canal et le mortier de chaux.

La génoise est donc d’abord une solution constructive économique et durable, adaptée aux ressources locales. Avec le temps, elle est aussi devenue un marqueur social : on dit qu’une maison à trois rangs de génoise appartenait à une famille plus aisée qu’une maison à un seul rang. L’anecdote est difficile à vérifier maison par maison, mais elle rappelle que la génoise participait aussi à l’allure de la façade.

Comment elle est construite

Une génoise se compose de rangées de tuiles canal, posées face bombée vers le bas ou vers le haut selon les rangs, noyées dans un mortier traditionnellement à base de chaux. Chaque rang déborde légèrement du précédent, en encorbellement, de sorte que l’ensemble forme une corniche qui avance progressivement au-dessus du mur. Le dernier rang supporte la première rangée de tuiles de la couverture, l’égout du toit.

Les extrémités des tuiles, visibles en façade, sont souvent remplies de mortier ou laissées ouvertes selon les habitudes locales. Certaines génoises sont enduites et peintes dans la teinte de la façade, d’autres laissent apparaître la terre cuite. Sur les bâtisses les plus soignées, on trouve parfois des génoises à quatre rangs, voire des variantes mêlant tuiles et briques plates.

Génoise provençale à plusieurs rangs sous une toiture en tuiles canal

Son rôle : éloigner l’eau des murs

La fonction première de la génoise est de rejeter l’eau de pluie loin de la façade. Sans débord de toit, l’eau qui coule des tuiles ruisselle directement sur le mur, s’infiltre dans les joints et finit par dégrader l’enduit et la maçonnerie. Avec une génoise, les gouttes tombent quelques dizaines de centimètres plus loin, et le mur reste bien plus sec.

Beaucoup de maisons anciennes n’avaient d’ailleurs pas de gouttières : la génoise suffisait à protéger les murs en pierre. Aujourd’hui, on ajoute souvent une gouttière pour mieux maîtriser l’écoulement, notamment lors des épisodes de pluie intense. Son installation sur une génoise demande du soin, pour ne pas la dénaturer ni l’abîmer avec des crochets mal placés. La génoise offre aussi un peu d’ombre au haut de la façade et protège la jonction entre mur et toiture, un point toujours sensible.

Les désordres les plus fréquents

Exposée aux intempéries, à l’ombre des pins ou au plein soleil, la génoise vieillit. Les dégradations qu’on rencontre le plus souvent sont les suivantes :

  • mortier qui se délite et laisse les tuiles se desceller ;
  • tuiles de génoise fendues ou cassées, parfois tombées ;
  • végétation qui s’installe dans les joints, figuiers ou herbes, dont les racines écartent les éléments ;
  • fissures à la jonction avec le mur, laissant passer l’eau vers la maçonnerie ;
  • nids d’oiseaux ou d’insectes dans les tuiles ouvertes ;
  • ancienne réparation au ciment, trop rigide, qui fissure le support autour.

Ces désordres sont d’autant plus à surveiller qu’une génoise qui se désagrège peut laisser tomber des morceaux de tuile sur la rue ou la terrasse, avec un risque pour les passants.

Entretenir et restaurer une génoise

L’entretien courant est simple : un contrôle visuel régulier depuis le sol, l’arrachage des végétaux avant qu’ils ne s’enracinent, et la surveillance des fissures. Lorsqu’une restauration devient nécessaire, le choix des matériaux est déterminant. Un mortier de chaux, souple et perméable, respecte le comportement de la maçonnerie ancienne ; un mortier de ciment, trop dur, emprisonne l’humidité et finit par provoquer de nouvelles fissures.

Selon l’état, on peut se contenter de refaire les joints et de remplacer quelques tuiles, ou déposer une portion pour la reconstruire à l’identique. On réutilise alors les tuiles anciennes saines ou des tuiles de réemploi pour garder l’aspect d’origine. Dans les centres anciens, le document d’urbanisme impose souvent de conserver ou de restituer les génoises : les supprimer lors d’une rénovation n’est généralement ni souhaitable, ni autorisé. Enfin, la réfection d’une toiture est l’occasion de vérifier la génoise, car l’égout du toit repose dessus : les deux travaux gagnent à être pensés ensemble.

Ce travail relève d’un savoir-faire particulier, entre couverture et maçonnerie traditionnelle. Il demande de la patience, un échafaudage adapté et une bonne connaissance du bâti ancien provençal.

Pour votre maison provençale

La page toiture provençale et génoise détaille notre façon de restaurer ce type de couverture. Si les tuiles de la génoise ou du toit sont abîmées, voyez aussi la page remplacement de tuiles. Pour une visite dans le village d’Évenos ou les communes voisines, contactez Couvreur Évenos Joseph via la page contact ou au 07 76 50 13 92.

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